Les sans-voix
8 June, 2010Avant toute chose, je me dois d’être honnête: j’ai beaucoup de sympathie pour Yvon Bussières. C’est le père d’un de mes meilleurs amis, c’est un homme aimable et charitable engagé dans son milieu. Je suis biaisé, je vous doit cet aveu.
Seulement, seulement… ce qui s’est passé est totalement ridicule. Question de ne pas lancer des opinions en l’air, je vais m’appuyer sur le texte de Pierre-André Normandin.
Donc d’un côté, nous avons Jean-Marie Laliberté, qui occupe le rôle de président, une tâche ingrate qu’on peut comparer à celle du policier qui essaye de diriger la circulation au coin St-Jean/Honoré-Mercier quand les feux tombent en panne. Un boulot fatiguant et sûrement pas facile.
Sauf que, comme M. Normandin le faisait remarquer, «M. Laliberté était nettement plus conciliant sur le droit de parole des membres de son parti lundi soir.» Donc, selon l’équipe Labeaume, les indépendants ont déjà plus de temps que la plupart des conseillers. Soit. Mais encore une fois, le président se permet de doubler le temps de parole de Sylvain Légaré, et permet à M. le maire une allocution de 21 minutes. Qui donc est bien placé pour parler?
C’est sûr qu’il n’y a pas de parti d’opposition. La loi est claire là dessus. Les électeurs ont eu à choisir entre une équipe politique et une équipe de hockey, et ont pris la deuxième option. Mais maintenant, pour éviter l’hégémonie, pour apporter de la distance politique, de la remise en question et de la contestation, on doit compter sur nos deux conseillers indépendants. C’est comme ça. L’entièreté du travail de contestation leur revient.
C’est facile pour M. Labeaume de dire qu’«ils ont amplement de temps». C’est d’autant plus facile d’insulter ouvertement un élu quand l’entièreté de la salle est de son bord. Mais si le président se plaît à gâter son clan de temps supplémentaire illégitime en blaguant, mais s’insurge quand quelqu’un d’autre veut parler, alors ce n’est même plus de l’arrogance, c’est carrément une insulte. Les électeurs vous ont élu, M. Labeaume. Élu. Ils ne vous ont pas canonisé, ni sacré roi.
Sylvain Légaré déborde de son temps? On blague. Yvon Bussières veut le faire? On lui ferme la trappe. Et si il réplique? Bah on l’expulse.
Une petite colle pour M. le maire, vous qui gérez si bien notre belle ville et l’argent de ses payeurs de taxes:
Pourquoi paye-t-on Yvon Bussières, si celui-ci n’a pas le droit de vous remettre en question?
M. Bussières a déclaré l’an dernier: «On sera la voix des sans-voix». Je crois qu’il y avait des mots de trop dans cette phrase. D’après ce qu’on peut voir, quand on tombe par hasard sur Vox, c’est que nos indépendants sont tout aussi sans-voix que les électeurs qu’ils représentent.
(Question bonus: pourquoi n’y a-t-il que les clients de Vidéotron qui ont le droit de voir le conseil à la télé?)