Le Pacte jurassique

— Petit dinosaure, pourquoi as-tu la mine basse?
— Un astéroïde menace de détruire la vie comme nous la connaissons et nous ne pouvons rien faire.
— Mais les dinosaures ne sont pas responsables des astéroïdes, on peut rien faire pour le dévier.
— Non, c’est sûr. Mais si on était responsables de notre propre extinction et qu’on pouvait y changer quelque chose, le ferais-tu?
— Bien sûr que non. D’abord, je ne crois pas que les astéroïdes existent.
— …
— En plus, il faudrait sûrement changer notre style de vie. Il est hors de question que j’arrête de manger des petits dinosaures comme toi pour manger des maudites étoiles d’arbre.
— …
— Et puis me déplacer dans le même véhicule que d’autres dinosaures? Tu me prends pour un pauvre?
— …

Et le gros dinosaure mangea le petit.

Puisque les bouleversement climatiques sont clairement de notre ressort et qu’on a rarement à s’inquiéter d’être dévoré par les négationnistes, il n’y a aucune raison de ne pas aller manifester vendredi.

Parce que la vie trouve toujours un moyen, mais qu’un manné faudrait qu’on se donne une chance aussi.

QuébecMontréal

Un maire et son tunnel

C’est l’histoire du maire de Lévis qui voulait qu’on lui construise un pont. Parce que de l’autre côté du fleuve, les gens vont acheter des maisons dans les villages autour de la ville voisine. Le bon maire voudrait voir ces gens-là venir payer des taxes chez lui. Mais pour que ça arrive, il doit attirer du traffic, de l’étalement, des routes. Ça lui prend un lien routier dans l’est.

Pas que ce pont serait réellement utile. Les enquêtes sur le terrain montrent qu’il n’y a que très peu de gens qui auraient avantage à emprunter ce pont. Les économistes et les urbanistes jurent sur la tête de Le Corbusier que ce pont ne ferait rien pour améliorer la fluidité de la circulation routière, bien au contraire. Pire, ce pont coûterait environ le prix d’un voyage aller-retour vers la Lune. Ou 2-3 fois le château de la Reine d’Angleterre. Bref, le pont serait inutile, nuisible et hors de prix, en plus de défigurer des terres patrimoniales et de dézoner des terres agricoles de grande qualité.

Cela ne démonte pas notre maire. Il y a tout un barrage de stations de radio qui aiment bien vendre de la publicité aux automobiles pognés dans le traffic. Il y a aussi un gouvernement qui a « un mandat fort » et qui fonde une bonne partie de sa crédibilité sur la réalisation de ce pont. On se frotte les mains. Le pont sera.

Et puis il y a cette île patrimoniale et ses quarante-deux milles de choses tranquilles. Voyant que ça ne serait pas acceptable de la saccager, on a décidé que le pont serait en fait un tunnel. Ce qui n’a aucun sens. Le fleuve est tellement creux que le tunnel émergeait à des kilomètres au sud, loin de toute civilisation. Le camionnage lourd est souvent chargé de matières dangereuses et ne pourra pas utiliser ce lien routier qu’il désire tant.

Tant pis, se dit le maire. Le ministre des Transports doit encore livrer sa promesse. Le maire aura son tunnel.

Et puis les gens ont commencé à froncer les sourcils. Parce que la facture n’aura pas de maudit bon sens. On commence à sortir la calculette. On n’est plus d’accord. Le maire commence à suer à grosses gouttes.

Mais le ministre le rassure. Le tunnel sera financé par un péage! Sauf qu’en présumant 33% du passage transfluvial actuel et en négligeant la faible augmentation de la population active dans la région, et en présumant un péage moyen de 3$, il faudra environ un millénaire pour financer ledit tunnel. Oups.

Autre averse sur la parade du bon maire : des chercheurs avertissent qu’on va mettre en danger des poissons déjà vachement menacés d’extinction. C’est pas un argument qui va émouvoir les automobilistes, mais c’est quand même un problème difficile à ignorer.

Le bon maire commence à sentir la soupe chaude. Qu’est-ce qu’il fera?

Blâmer Montréal.

Une petite élite montréalaise, voilà la seule opposition au 3e lien. Pas les faits, pas la science, pas les coûts, pas les écosystèmes, pas l’inutilité crasse de son projet.

Non, seulement des méchants Montréalais qui ont toujours tout.

N’en déplaise que les associations collégiales et universitaires de la région ont toutes (ou presque) pris position contre le projet et manifesté en grand nombre dans les rues. Que tous les organismes en mobilité, en développement durable et en environnement de la région lèvent le drapeau rouge avec l’énergie du désespoir.

Alors que le principal défi de l’humanité sera de composer avec les conséquences mortelles de ses abus sur l’environnement, le maire de Lévis s’obstine à construire un absurde tunnel. Alors qu’on devrait investir dans la transition énergétique et le transport en commun. Alors qu’on pourrait arriver au même résultat en réformant les règles de fiscalité municipale.

Mais bon, avec un tunnel, on pourrait tourner à Québec le remake du Tunnel de l’enfer.

J’entends déjà Guzzo allumer la machine à pop-corn.